Jean Cazals – Photographe culinaire

Chocolate biscuit

« Pour moi il doit y avoir une harmonie, entre les éléments, le fond et la lumière. C’est la clef de la photo ».


Chocolate

Kviar a interviewé un des acteurs majeur de la photographie culinaire. De New-York, à Londres, en passant par Paris : Portrait d’un photographe atypique et chic !

Vous avez été élu meilleur photographe culinaire en 2012. Parlez-nous de cette distinction et qu’est ce que cela vous a apporté ?

Jean Cazals : Comme tout prix, cela apporte beaucoup. Une couverture médiatique. Chaque année, sur 60 pays en lisse, 6000 photos sont sélectionnées par un jury. Il y a différentes sections.  Je ne me considère par forcément comme étant le meilleur photographe de cette année là. Il y a beaucoup de personnes talentueuses, il est vrai que c’est sympa d’être choisi. Cela m’a apporté une certaine reconnaissance. Pour ceux qui ne connaissent pas forcément le domaine, c’est une distinction qui n’est pas négligeable.JCBW

Avant de gagner ce prix, parlez nous de votre parcours, comment êtes-vous devenu photographe culinaire ?

Jean Cazals : En fait j’ai une licence en communication visuelle, j’ai donc rapidement fait de la photo. Je me suis spécialisé dans le portrait et au bout de 10 ans, je faisais beaucoup de séances photos à la Annie Leibovitz, avec des mélanges de lumières, je mettais des gens en scène de manière un peu rock’n’roll. Le Grunge est arrivé, ça m’a pris la tête et ma compagne m’a dit « tu adores la cuisine, tu devrais te lancer ». Je suis arrivé dans ce secteur au moment idéal, en 1996. Comme j’avais travaillé avec Vogue Australie, ils ont aimé ce style, ce « look », j’ai été très sollicité tout de suite. J’ai travaillé partout.

Vous étiez donc un précurseur de la photo culinaire ?

Jean Cazals :Il y avait déjà de la photo culinaire, les leaders en la matière étaient les australiens. La France était bien loin derrière. Les trois villes que je considère vraiment : Sydney, Londres et New York. Dans la photo culinaire en France, c’est très amusant de noter que, c’est un domaine beaucoup plus poussé vers l’art. Ce n’est plus de la photo culinaire du coup, on ne sait plus tellement où l’on est. Mais j’en fais un peu aussi. Bientôt à Londres je réalise une expo sur le chocolat et les macarons. Cela découle d’un livre que j’ai fait et un autre en préparation, nommée « Eat me ». Les visiteurs vont pouvoir déguster ce qu’ils voient. Tout cela pour dire qu’en photo culinaire, il y a de tout, partout, sans mauvais jeux de mots, il y a à manger et à boire.

L’édition de livres est venue tout naturellement. Comment avez vous réalisé ces projets, avec qui, comment travaillez vous ?

Jean Cazals :J’ai d’abord travaillé énormément pour des magazines, et au bout d’un moment c’est vrai que j’ai commencé à travailler sur des livres. Pour un magazine, tu fais 8 photos, c’est intéressant. Aujourd’hui je le fais toujours mais uniquement pour des magazines pointus, avec des chefs, et comme je le fais de manière très régulière, ce qui me plait c’est la notion de série. Sans doute mon côté « esprit » de collectionneur. Et c’est un peu cette notion, ce déploiement, que l’on demande pour un livre. On doit souvent réaliser 60 ou 80 clichés pour un ouvrage. Donc j’ai acquis une certaine discipline, et j’ai développé mon style. Par exemple en ce moment je travaille sur un livre avec Konditor & Cook, des fabricants de gâteaux ici à Londres, et je l’ai vraiment axé “art”. On peut aussi me commander des photos plus classiques et terre à terre pour un autre ouvrage, un look plus country. Il y a une grande discussion avec l’éditeur avant de faire le livre, nous discutons du look, nous faisons appel à un styliste pour l’ambiance donnée aux photos. Les arrières plans. Et comme pour un article et un livre, on se retrouve devant une page blanche et une fois que tout le monde est prêt, on déclenche pour de bon l’appareil photo et les séances s’enchaînent. Nous réalisons entre 8 et 10 photos par jours et là je laisse libre cours à mon imagination sans oublier complètement le brief, la demande de l’éditeur.

Kerri Wong

C’est quoi le style Jean Cazals ?

Jean Cazals : Pour moi ce qui est très important, c’est de travailler avec la lumière du jour. Beaucoup de gens me posent souvent la question. Et je réponds que ce n’est pas sorcier, c’est la lumière du jour ! Et quand j’ai des personnes qui viennent me voir dans mon studio photo, ils imaginent souvent qu’il va y avoir des appareils dans tous les sens ! Non ! Ils sont éberlués car c’est si simple finalement. Il n’y a pas vraiment de style Jean Cazals. C’est ma vision. C’est comme une recette de cuisine : c’est savoir mettre le produit, une tarte ou une salade, dans un contexte, l’assiette, avec un décor et un fond. Donc la lumière sera toujours, très pure et douce, et ce qui joue chez moi c’est le côté graphique, le côté de la mise en scène, un peu onirique. Comme les tableau de Dali ou Magritte. La photo culinaire permet de quitter, un peu, le monde du réel. On peut jouer avec la taille, les matières qui se mélangent, un univers particulier, mais que l’on a toujours envie de manger.Cherries

Quels sont les projets qui ont marqué votre carrière ?

Jean Cazals : Les projets qui m’intéressent le plus, comme pour beaucoup de photographes, sont ceux  pour lesquels je suis libre. Quand on me fait confiance, et que l’on apprécie mon style, que l’on me confie des sujets et qu’on me dit : allez-y Jean. Ca fait parfois peur quand on a trop de liberté. On aime avoir aussi des barrières dans notre travail. Pour les desserts en général, il y a une facilité pour l’approche visuelle qui est plus simple, plus belle et plus créative. Entre une choucroute et des macarons, il n’y a pas photos ! Maintenant j’accepte tous les challenges. Ce n’est pas forcément l’aspect visuel qui me plaît. J’apporte une grande importance au côté graphique d’un livre.

Quels livres par exemple ?

Jean Cazals : La réalisation de chaque livre est une aventure. Je peux aimer un livre pas uniquement pour la photo mais pour ce qu’il représente. Tout dépend du chef avec qui je travaille, un concept, une idée sympa. Un livre c’est très personnel pour un photographe, ce n’est pas uniquement pour les autres c’est aussi pour soit. Et ce qui est assez contradictoire : des livres que j’ai aimé réaliser ne connaissent pas le succès mérité et à contrario, des livres fonctionnent très bien en librairie alors que ce ne sont pas forcément les plus beaux. Mais c’est compris par beaucoup de personnes. La plupart des livres sur lesquels j’ai travaillé sont sortis en Grande Bretagne et j’ai toujours été nommé au Prix Gourmand. Avec TeaTime par exemple, j’ai obtenu le prix du meilleur livre de dessert en Grande Bretagne, une compilation des cinquante meilleurs endroits pour boire le thé à Londres.

Comment se déroule une séance photo ?

Jean Cazals : On fait un brief avec le styliste. En ce moment, celle avec qui je travaille me connaît bien ce qui facilite les choses. Elle connaît mon goût pour les surfaces, la matière, elle sait que je suis très organique. C’est comme dans un couple. Tout comme avec un chef d’ailleurs, il faut que l’entente soit là sinon, on ne peut pas faire un bon livre. Donc une fois que l’on est d’accord, que les recettes sont préparées, nous n’avons plus qu’à les assembler pour réaliser le clichés. Et je vais souvent voir les choses, un détail, à la dernière minute. Pour moi il doit y avoir une harmonie, entre les éléments, le fond et la lumière. C’est la clef de la photo. Et même si c’est graphique, on doit avoir envie de le manger. Après j’aime travailler de près avec les éditeurs pour qu’il y ait une cohérence entre le texte et l’image, le choix de la police d’écriture. Il faut que tout fonctionne, si un seul ingrédient ne joue pas, la photo ne peut pas être un succès.

Bonbons

Quels sont les produits que vous aimez prendre en photos ?

Jean Cazals :J’adore prendre en photo des ingrédients. Je peux faire ce que je veux avec. Avec une grappe de raisin, je la suspens par exemple, c’est très beau. Aussi, un steak fritte par exemple, je vais tacher de le sublimer même si a priori c’est banal. J’aime que les gens sourient en regardant mes photos. Et qu’ils aient un avis tranché : on aime, ou on n’aime pas. Je n’aime pas la demi-mesure. Aussi, il faut que l’idée fonctionne de suite : si au bout de 15 minutes, ça ne fonctionne pas, je n’insiste pas ou je reviens plus tard. Prenons l’exemple d’un choux fleur : je peux prendre 20 belles photos, mais celle qui va servir, sera sélectionnée par rapport au projet en cours. Il faut garder la discipline, le rythme, les règles qui donnent la structure au livre. Et en même temps, il n’y a pas de règle sur mon goût pour tel ou tel ingrédient.

Quelle est votre photo préférée ? 

Jean Cazals :Je fais de la photo depuis 35 ans, donc difficile de répondre. On va dire que je les apprécie toutes, chacune pour une raison différente.

http://www.jeancazals.net

alcachofas


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